Enfant des étoiles

 


Les anciens énuméraient les ombres, les yeux rivés vers la paroi.
Ils comptaient les jours comme les barreaux de leur prison.
Loin de la surface, leurs paroles muselées, au goût de poussière.
Ils appelaient sagesse l’impossibilité des horizons lointains.
Et nulle vérité ne pouvait grandir, tant ils avaient peur de vivre.

Au fond du gouffre, contemplatif, un enfant discernait l'ailleurs.
Il vit les menaces, les ombres, les trajectoires, les miroitements.
La lumière ne promettait rien à celui qui l'implorait.
Pourtant de la surface quelque chose appelait celui qui pouvait lutter.

En sortant de la caverne, il entendit les anciens se cramponner aux pierres.
Devant lui se dressait la montagne, une éternité face à l’humanité.
L’enfant avança sur cette pente ; à chacun de ses pas, il dénouait un lien.
« Voilà une croyance façonnée par la peur », pensa-t-il.

Il savait que la certitude héritée ne lui appartenait plus.
Une douleur lancinante marchait à ses côtés. « Tu vas mourir », disait-elle.
Et l’enfant répondit : « Oui, mais pas avant d’avoir vécu. »
Alors son cœur s’élargit comme le ciel au-dessus des terres brûlées.

Les épreuves ranimèrent une pulsion de vie, malgré son corps vieillissant.
Il ne vit ni le terme de sa course ni cette présence énigmatique.
Il attendit longtemps, mais aucune chose, aucun secret ne descendit.
Tourbillon, immensité, splendeur : tous indifférents à ses prières.

L’enfant en lui poussa un cri, et l’adulte pleurait de joie.
Il riait encore, non parce qu’il avait attendu des réponses,
mais parce qu’il n’en avait plus besoin.
Il avait vécu au delà des espérances, les limites de l'existence.

Continuer, c'était se perdre souvent, se retrouver en chemin,
et sans rien attendre en retour, apprendre à grandir.
Il était transformé, plus tout à fait le même, devant cette lumière :
« Ce mystère ne me rassure pas, voilà un autre seuil à surmonter. »

Devant le vide immense, il ouvrit les yeux, dans l'ultime effort.
Il fit un geste impensable, une puissance de vie.
Il laissa un dernier message qui dépassait son existence :
« Il n’est pas de chemin facile de la terre aux étoiles. »